Le nouveau-né explore de manière tactile les objets avec la bouche (lèvres, joues, langue) et non avec les mains. La "reconnaissance intermodale" est spécifique des deux premiers mois de la vie. Si on propose, à un nourrisson d'un mois, de sucer une tétine à aspérités ou une tétine lisse, sans qu'il les ait jamais vues et que dans un deuxième temps, on lui montre deux modèles de ces sucettes, c'est toujours vers celle qu'il a sucée qu'il oriente son regard. Cette capacité de reconnaître visuellement un objet qui n'a été connu que tactilement est caractéristique de cet âge.
Le contact avec la peau et la chaleur sont des stimulations très fortes et suffisent à provoquer l'arrêt des pleurs. Le bébé perçoit la douceur ou la brusquerie des gestes. La manipulation agréable et adaptée du bébé est appelée "dialogue tonique" par Ajuriaguerra. L'importance des apports épidermiques comme stimulants des fonctions vitales a été montré par Escalona et Anna Freud qui ont longuement parlé du manque de contacts cutanés dans l'étiologie de certains troubles ultérieurs du comportement.
Les données éthologiques (basées sur l'étude du comportement des animaux dans leur milieu naturel) montrent aussi comment le petit de l'animal, le chaton ou le chiot, a besoin d'être manipulé et léché, et combien son évolution se ressent de la carence en ce domaine. Irène Lézine s'indignait devant la manipulation impersonnelle et parfois traumatisante faite par le personnel soignant dans les maternités. Elle rappelle que l'enfant, même âgé de trois ou quatre jours, n'est pas un objet que l'on peut manipuler avec brusquerie et que l'on ne sait pas encore les conséquences que peuvent avoir sur le petit enfant de telles manipulations.